24 octobre 2017

Pourquoi je ne me maquille plus

Photo de Alysa Bajenaru sur Unsplash

Depuis environ cinq mois je ne me maquille plus.

Voici les principales raisons qui m'ont poussé à dire "f*ck it" :


1) Ça prend du temps, de l'énergie, et j'en tire peu de choses

Ceux qui ne l'ont jamais touché croient sans doute qu'il est un art facile à maîtriser, mais toutes personnes ayant déjà tenté de tracer une ligne de eyeliner sait que le maniement dit "passable" du maquillage prend du temps et de l'entraînement. C'est un temps que je préfère accorder à d'autres choses comme le sommeil et l'oisiveté, tout simplement parce que, et ça reviendra beaucoup sur ce blog, je suis plutôt paresseuse lol

Je trouve aussi le maquillage plutôt inconfortable. Je n'aime pas l'idée de ne plus pouvoir me frotter les yeux comme bon me semble sans risquer de ressembler à un panda, et je n'aime pas devoir faire attention à l'endroit où je pose ma tête au risque de tâcher mes draps. Sans parler du fait que je trouve pénible de devoir m'assurer d'acheter du waterproof ou de la qualité, au risque de ressusciter la mode emo à la moindre averse. Et le rouge à lèvre sur les dents ou que l'on dépose sur toutes les surfaces ?

Trouver du maquillage convenable prend du temps (surtout lorsqu'on est noir) de même que le fait de le mettre et de le retirer. Encore une fois, c'est du temps que je préfère accorder à des choses qui me retirent personnellement plus de plaisir.


2) Ça coûte de l'argent

Ai-je besoin de plus en dire ?

Certes, toutes les marques ne sont pas Sephora, mais étant donné que la pratique de maquillage ne fait pas partie des choses qui me rendent particulièrement heureuse, son achat n'en fait pas partie non plus.




3) Je ne crois pas à la beauté par la consommation

Avec le port du maquillage, il y a l'envie de protester contre la dévalorisation de ce qui est dit féminin. Le maquillage est vu comme quelque chose de superficiel en partie parce qu'il s'agit de quelque chose qui est vu comme appartenant aux femmes. Il est aussi perçu comme quelque chose de dangereux, parce qu'il est sensuel, parce qu'il est féminin. Il y a donc cette idée de se maquiller fièrement en opposition à l'idée que ce qui est féminin est méprisable et inférieur. Il y a cette idée de se maquiller comme réappropriation de son corps et de sa sensualité. Et ce n'est pas une chose à laquelle je m'oppose (j'aurais plus à dire sur le fait que les hommes qui se maquillent soient mal considérés).

Cependant, la beauté est devenu un produit vendu à travers maquillage, et il est aisé de constater que le maquillage lui-même, est souvent conçu pour encourager la consommation. Après tout, pourquoi avoir besoin de 14 000 pinceaux différents parce que celui vendu avec la palette est minuscule et incapable d'étaler des pigments correctement (ahaha, on sent le vécu) ? Pourquoi avoir besoin de mascara ET d'un recourbe-cils ? Pourquoi avoir besoin d'une couleur de rouge à lèvre différente par saison ? A-ton vraiment besoin de blush ? De faux-cils ? De « highlighter » ? De « palettes à contouring » ? Apparement oui, si on veut être belle. Car visiblement on ne peut l'être qu'en rentrant dans des critères de beauté toujours changeants, qu'en tentant de ressembler à telle ou telle nouvelle célébrité.

Avec la popularité croissante du féminisme sur la toile, on assiste aussi à l'apparition de multiples publicités qui en reprennent le vocabulaire. On voit donc des annonces jurant que le produit promotionné mène à l'émancipation de son utilisatrice. En la rendant plus belle, plus attirante, le maquillage l' « empower ». On a ainsi une sorte de réappropriation capitaliste du mouvement qui le dénature, lui ainsi que le concept du maquillage et de la beauté.

Il suffit de regarder les tiroirs à cosmétiques de nombre de beauty guru sur la toile pour comprendre ce que je veux dire. A-t-on vraiment besoin de tout ça, d'acheter tout ça, pour être belles ?

Dans cette situation, il est très important de se demander pourquoi porter du maquillage. Pour être plus belles et présentables ? Qu'est-ce qui est plus beau et présentable ? Les réponses sont très personnelles. Se maquille-t-on pour répondre aux impératifs d'une société de consommation où la beauté doit être achetée ? Se mquille-t-on pour plaire ? (Il n'y a pas de mal à cela, mais c'est une question à se poser). Se maquille-t-on parce que sans maquillage, on a l'impression de ne pas être assez jolie ? Ou se maquille-t-on tout simplement pour aspirer à une forme plus personnelle de beauté ?

Ma réponse est claire. Je n'ai personellement pas besoin de tout ça et le peu de satisfaction que j'en récolte en vaut rarement la chandelle.


-


En conclusion, j'ai donc décidé de ne plus porter du maquillage parce que je n'aime pas en porter et parce que je n'en possède plus car je n'en achète plus. Est-ce que ça veut dire que je ne compte plus jamais en porter ? Non. Je ne déteste pas le maquillage en soit, et si un jour il m'arrive d'aspirer à une forme de sensualité, à une forme personnelle de beauté, pourquoi pas.

Pour ceux qui le sujet du maquillage et de la beauté par rapport au consumérisme et au féminisme intéresse, je vous recommande le livre Beauté fatale : le nouveau visage d'une aliénation féminine de Mona Chollet. Il est disponible en entier sur la toile.
Extraits :
"On peut donc émettre l’hypothèse que les femmes, parce qu’elles ont été assignées à l’entretien des objets et des corps, mais aussi au rôle du « beau sexe », façonnant avec soin leur apparence, plus à l’aise que la plupart des hommes dans le choix et l’agencement des tissus, des couleurs, des ornements, ont conservé un rapport au monde plus riche et plus juste que le rapport dominant. Le complexe mode-beauté, en les bombardant de vêtements, de sacs, de chaussures, de bijoux, de cosmétiques, de colifichets, détourne donc à son profit une attitude juste ; mais il la dénature en la condamnant à ne pouvoir s’exprimer que sous le régime de la consommation."
Et en anglais, un petit article : selling feminism, consuming feminity de Amanda M. Gengler

Et vous, que pensez-vous du maquillage ? En portez-vous ?