19 décembre 2017

2017, quelques extraits

Photo de Trent Erwin sur Unsplash

Il y a quelques jours j'ai tenté de faire un petit bilan d'écriture pour l'année 2017. Vous le trouverez ici car il fut posté sur ma chaîne youtube dans le cadre de vlogmas (qui continue toujours ! Et j'en suis la première surprise).

Voici donc quelques extraits des histoires que j'ai écrites cette année. Comme il s'agit de fanfiction R. P. F., c'est-à-dire de fanfiction qui implique des personnes réelles/célébritésé, j'ai pris la liberté de changer les noms des personnages.

C'est principalement de la romance, moi qui n'en écrit habituellement jamais aha.

Beaucoup de choses dans ces extraits me dérangent et je pourrais repasser et corriger pas mal de choses, mais j'ai pris la décision de les laisser tels quels, histoire d'avoir une idée plus juste de mon évolution.


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Photo de Necip Çakar on Unsplash

Premier extrait datant de février 2017 :

Jean fut réveillé par le grondement de l’orage et le clapotis de la pluie. Il ouvrit les yeux sur sa fenêtre ouverte, derrière laquelle un ciel sombre pleurait. Par intermittence, des flashs de lumière illuminaient l’horizon dans un fracas assourdissant. Il lui fallut quelques minutes pour se rappeler de la veille, absorbé par la vision de la foudre et de l’averse qui venaient nettoyer la moiteur caniculaire. Lorsqu’il s’en souvint cependant, son cœur bondit dans sa poitrine et il se retourna, tâtonnant les couvertures tièdes à la recherche de Nathan.

Il dormait encore, allongé sur le côté, tourné dans sa direction. À la vue de son visage écrasée contre l’oreiller, les cheveux éparpillés sur les couvertures et les paupières closes, Jean sentit son cœur prendre des dimensions effrayantes et réarranger toute la structure de sa cage thoracique.

C’était donc vrai. C’était donc vrai et il avait dit à Nathan ce qu’il ressentait pour lui. Ils s’étaient embrassés.

Bêtement, Jean demeura à l’observer sans bouger, presque sans respirer. Ses lèvres légèrement entrouvertes, la barbe qui couvrait ses joues, le délicat balai de ses cils. Dans son sommeil, la manche du t-shirt élimé que Jean lui avait prêté avait glissé, révélant l’arche d’une clavicule et le voluptueux arrondi d’une épaule. Ils faisaient presque la même taille, mais Jean avait une carrure différente – des épaules plus larges et plus affirmées.

Sans réfléchir, il vint réarranger les quelques mèches grisonnantes qui s’étaient égarées sur son front. Sa main demeura plus de temps que nécessaire, glissant le long la figure endormie et caressant la peau rendue douce et chaude par le sommeil. La différence de texture, entraînée par la barbe, fit remonter des picotements le long de ses doigts jusqu’au creux de son poignet. À son toucher, Nathan soupira doucement.

Jean se rappela alors qu’il était supposé emmener Nathan aux bureaux et chercha son téléphone à tâtons sur la table de nuit. Il soupira de soulagement en constatant qu’il n’était que sept heures ; les samedis Nathan commençait plus tard, ce qui signifiait qu’ils avaient encore quelques heures devant eux.


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Photo by Dominik Schröder on Unsplash

Deuxième extrait datant de juillet 2017 :

(C'est une autre histoire mais les mêmes noms sont utilisés car ce sont les mêmes personnages)

« Je te le dis souvent mais je ne te comprends vraiment pas. Qu’est-ce qui se passe là-dedans ? »

Ce fût trop. C’était trop. Le choc de voir Louis embrasser Jean devant sa loge, la chaleur et la joie qui l’avaient envahies quand Louis l’avait presque étreint, se tenant si près de lui, lui répétant qu’il l’aimait parce qu’il le lui avait demandé. Son regard noir dans les miroirs, sur sa peau nue comme un fer chauffé à blanc, et sa question, avant même qu’il ne la pose, qui avait fait exploser des émotions si fortes, si violentes, qu’à nouveau, il n’avait réussi qu’à en être terrifié. Et maintenant, le regard accusateur d'Éli, son agacement qui lui rappelait qu’il n’avait eu de cesse, depuis des semaines, de blesser Jean.

« Je ne sais pas ! éclata-t-il dans un sursaut de rage qui l’impressionna lui-même. Je ne sais pas, okay ! »

Les émotions s’emmêlaient en lui. Un capharnaüm qui s’agitait, s’élevait et se muait en ouragan. Il ne savait plus ce qu’il ressentait. Tout était un maelstrom de sentiments trop intenses, qui le ravageait. Son cerveau eut un sursaut, et l’instant d’après, il avait jeté au sol la chaise de la coiffeuse, mais aussi les trois piles de livres qui y avaient été en équilibre précaire depuis plusieurs mois. Pantelant, il observa le désordre, la gorge sèche, les yeux brûlants, sans un souvenir d’avoir jamais touché ces livres ou cette chaise.

« Nathan, dit Éli d’une voix douce. Calme-toi. »

Il essaya, en vain. Ses entrailles étaient trop nouées, ses poumons avaient oublié comme absorber et rejeter de l’air. Il haletait, de grandes inspirations bruyantes, qui lui remontaient dans la gorge comme l’auraient fait des sanglots. Il réalisa qu’en quelques sortes il pleurait sans larmes. De colère contre lui-même, de frustration, de douleur pour tout ce qu’il gardait à l’intérieur par peur des conséquences.

Éli comprit son désarroi. Il fit un pas vers lui, puis un autre, lentement, comme pour ne pas le brusquer.

« Nathan, calme-toi, répéta-t-il. Laisse-toi aller. »

Les instructions étaient contradictoires, mais Nathan savait ce qu’il voulait dire. « Tu peux l’aimer. Tu sais ? Tu peux l’aimer. » Il étouffa un vrai sanglot entre ses mains.

« Je ne sais pas ce que je fais, marmonna-t-il autour de la boule qui lui obstruait la gorge.
- C’est à cause de Pierre, n’est-ce pas ? demanda Éli, maintenant à quelques mètres de lui.
- Ne dis pas son nom, ne dis pas son nom. »

En cet instant, Nathan avait honte de lui-même. Il voyait à quel point il était pitoyable dans le regard plein de sollicitude que lui adressait Éli.

« Je sais que ça c’est mal terminé avec lui. Je t’ai vu après, Nathan. Je t’ai vu pendant. Je suis désolé de ne pas avoir su trouver les mots à l’époque
- J’avais honte, marmonna Nathan. Je ne voulais pas te dire, tu n’y es pour rien.
- Non, je sais à quel point tu l’aimais, j’ai vu… je pouvais voir qu’il t’aimait moins et que tu l’aimais encore. Je pouvais voir que vous vous entredéchiriez. J’aurais dû faire quelque chose, mais je ne savais pas comment…
- Je ne te laissais pas.
- C’est vrai. »

Le silence s’instaura, entrecouper de la respiration de Nahan qui reprenait un rythme normal.  Éli avait traversé les livres et la chaise qu’il avait jetés par terre. Il se tenait maintenant face à lui.


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Troisième extrait (même histoire et même chapitre) :

L’homme grommela mais modifia immédiatement sa trajectoire. Les rues étaient presque désertes. Les bâtiments obscurs défilèrent, les lampadaires défectueux, emmêlés dans les gouttes de pluie qui ruisselaient encore sur la vitre. Nathan avait l’impression que sa cage thoracique allait se briser sous les à-coups de son coeur. Il se sentait tendu prêt à craquer, et chacun de ses muscles, crispé, lui faisait mal. Pourquoi la voiture ne roulait-elle pas plus vite ? Pourquoi des feux rouges ? Pourquoi ne les grillait-il pas ? Les rues étaient vides.

Il abandonna le contenu de son porte-monnaie sur son siège, ouvrit la portière pour la claquer tout de suite derrière lui, ignorant les cris de protestation du chauffeur. La pluie était glacée sur sa peau et il fut aussitôt aveuglé. Il retira ses lunettes, essuya ses yeux qui ne voyaient plus que des silhouettes floues, vaguement lumineuses à travers le brouillard de la myopie et de l’eau.

Ses vêtements lui collaient déjà à la peau, et une partie de lui se demanda ce qu’il faisait, s’il avait perdu l’esprit. Mais l’autre avait déjà ordonné à son corps de se mettre à bouger, et il marchait vite, courut bientôt, le sang contre ses tempes au rythme de ses pas, de sa respiration qui lui échappait en bouffées bruyantes et pénibles.

Il pensait à Jean, brillant de sueur sur cette même route des jours plus tôt. Tacheté de soleil, fumant frénétiquement dans la chaleur. Il pensait à Jean dans sa loge, qui lui embrassait le visage et lui disait qu’il aimait le voir porter ses vêtements. Il pensait à Jean, endormi sur son épaule, ses yeux cernés clos et ses longs cils que le soleil dorait. Il sanglotait aussi, mais peut-être n’était-ce que la pluie. Alors il marchait plus vite et le ciel terminait de pleurer pour lui toutes les larmes qu’il ne savait plus trop comment verser.

Enfin, l’immeuble. Il n’y avait pas de code ; le boitier était abîmé depuis des mois. Il ignora l’ascenseur, trébucha dans les escaliers, trempé, ruisselant sur les carreaux, laissant des traces noirâtres dans les couloirs.

Enfin.

Il frappa trois coups contre la porte, retint son souffle.

Rien.

Il frappa à nouveau, plus fort, vérifia le numéro de porte, pour être certain de ne pas cogner chez les voisins. Et au moment où il leva à nouveau le poing pour frapper encore, le battant s’écarta sur le visage ensommeillé, hébété de Jean. Sa tignasse bordélique, ses yeux à demi-clos. Nathan comprit que son monde venait de réapprendre à tourner.


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Photo by Joseph Barrientos on Unsplash

Quatrième extrait datant de août 2017 :

Quand le soleil commence à se renverser dans l'océan, Paul saute une énième fois des falaises et se fait balayer par les vagues. L’eau lui rentre par la bouche et le nez. Quand il tente de tousser, elle pénètre à nouveau et il s’étrangle, s’agite dans un sursaut de panique. Sans raison, il ne remonte pas et les vagues continuent de le bousculer et de l’entraîner vers les profondeurs. La lumière qui frise les flots se disperse et s’amenuise à mesure qu’il descend, et bientôt ses orteils foulent le sable du fond et il sent sur ses mollets des courants d’eau froide.

Le début de panique s’est mué en terreur, et il bat en vain des bras et des jambes pour remonter, les poumons et la gorge en feu. Comme il continue de peser au fond de la mer comme une pierre, il se calme, contemple le monde troublé par l’eau et le manque d’air. Et, soudain, Manon, dans toute sa splendeur d’ondine. Elle le saisit par la taille et le ramène vers le haut sans effort apparent. Et ça y est, oxygène. Paul tousse, crache, halète, et absorbe goulument cet air si précieux, les yeux brûlés par le soleil et le sel.


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Cinquième extrait datant de novembre 2017 :

(Mêmes personnages, histoire différente)

Pour Jean, octobre s’acheva sur une route quelque part entre le Nevada et la Californie, entre le classique I was born a rambling man et le moins classique mais tout aussi évident Hang Me, Oh Hang Me.

Des vacances qu’il aurait dû partager avec Ella mais que les circonstances avaient rendues solitaires – tant pis. La route et le désert par la fenêtre laissée ouverte pour sentir l’odeur de terre et d’essence, entendre les pétarades des moteurs filant sur l’asphalte. Le soleil, qui en se couchant nimbait la ligne d'horizon et les collines d’incarnat. Les quelques arbustes croisés au bord de routes, éparpillés sur de longues distances de plaines nues.

Paul était resté avec lui les premiers jours. Ils avaient roulé jusqu’à Joshua Tree, bu des bières assis sur le capot de la voiture comme de vrais rednecks, et observé la nuit avaler le monde. Ils avaient parlé du boulot sans en parler, de sa rupture avec Ella qui aurait définitivement dû lui faire plus mal mais qui était déjà à peine sensible, presque complètement cicatrisée. Ils avaient fumé cigarettes sur cigarettes en se promettant sans trop y croire que dans un an ils auraient arrêté. Et l’alcool, alanguissant leurs membres, déliant leurs langues, leurs chagrins et leurs joies, ils avaient presque parlé de Nathan.

Mais c’était là que ça faisait encore mal. C’était là que la plaie était à vif. Jean avait sursauté quand Paul avait lâché son prénom au milieu d’une plaisanterie. Il s’était réfugié derrière un sourire hermétique et avait laissé la conversation mourir en n’articulant plus le moindre mot. Si Paul avait remarqué quoique ce soit, il ne l’avait pas laissé paraître.

Et puis il était rentré en France sans comprendre pourquoi Jean voulait rester jusqu’à la fin des vacances. Jean n’aurait jamais été capable de lui dire que c’était par lâcheté, que c’était parce que l’idée de rentrer à Paris rendait ses paumes humides et qu’il était habité par la peur irrationnelle de croiser Nathan et de devoir déjà le confronter. Il n’était pas prêt. Que lui dirait-il ? Il voulait tant de choses qu’il n’avait pas l’impression de mériter, qu’il était terrorisé d’exprimer. Pour dire tout ça à Paul, il aurait fallu qu’il s’avoue sa propre couardise, et c’était encore trop facile de se voiler la face.

Il avait roulé jusqu’à la côte pour aller se jeter dans la mer. Taquiner les vagues en compagnie des surfeurs californiens, boire dans les bars jusqu’à rentrer chez lui trop saoul, à peine conscient, en larmes parfois. Un soir, il avait même tenté de ramener quelqu’un avec lui, mais à la dernière minute, il avait pris la fuite. Il avait eu l’impression d’accomplir une ultime trahison et de blesser celui qu’il fuyait en tentant de rester le plus loin qu’il lui était géographiquement possible de le faire.

Il avait roulé jusqu’à Las Vegas en observant les étoiles sur le canevas du ciel, plus nombreuses et lumineuses que celles de Paris. Il s’était arrêté sur le bas-côté de la route pour les observer, sa radio fredonnant des hang me oh hang me et des I been all around this world, son coeur dans la gorge.


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Et voilà !

Tirés de leurs contextes, ces extraits paraissent sans doute un peu étranges, mais j'ai essayé de prendre les scènes dont j'étais le plus fière après les avoir écrites, et des scènes qui selon moi, peuvent quand même être comprises un minimum indépendamment de leurs histoires respectives.

Pour ceux qui seraient curieux.ses de connaître le fandom dans lequel ces histoires ont été écrites et pour ceux qui souhaiteraient savoir où les trouver en entier, envoyez-moi un petit message ^.^

En 2018, c'est décidé, j'écrirai plus d'originaux et j'essayerai de poster quelques nouvelles sur ce blog !

Quel est l'extrait que vous préférez ? :)

xx