31 décembre 2017

Au revoir 2017


J’écris cet article, assise au bord d’une piscine sous un ciel piqueté d’étoiles. Au loin, Fort-de-France s’étend tel un lit de lumières, et un phare palpite, m’éblouit par intermittence. Le bruit du vent dans les frondaisons de ce jardin suspendu dans la nuit et le chant tonitruant des criquets. 

Il y a quelques minutes à peine, ma grand-mère m’a appelé ici pour assister au feu d’artifice qui se déroulait dans la distance. Je l’ai observé, émerveillée, les pieds nus dans l’herbe froide. Des lumières rouges, jaunes, vertes, orange et roses au-dessus de la mer sombre. Un avion a plusieurs fois survolé la scène et j’ai imaginé la joie des passagers face à ce spectacle innatendu, puis j’ai pensé à cette année sur le point de s’achever.

De 2017 je ne me souviens que de quelques instants, comme si la bobine a été abîmée. Mais c’est des souvenirs extrêmement précis, que les paupières closes, je peux redécouvrir dans toute leur intensité.

Le premier jour de l’année passé dans un Parc Lafontaine enneigé, la tête bourdonnante d’un vague relent de gueule de bois. Le ciel, d’un bleu stupéfiant. Il y a eu du A&W grignoté sur des tables graisseuses, une conversation sur les origines du mot « assassin ». Plus tard – beaucoup plus tard --, il y a eu de la galette des rois achetée en ravalant mes larmes, le soleil dans les yeux.


I’m a barby girl au Sky, la musique dans mon estomac, et les sourires par à-coups, perdus dans les lumières stroboscopiques. Et puis Montréal sous un autre angle, sous le vent glacé d’un hiver qui s’achève.

Je me souviens de mon voyage en France en solitaire, le premier de ma vie entièrement payé de ma poche. Il y a eu les retrouvailles avec mes amis d’enfance après plus de cinq ans de séparation, l’interminable brunch avec ma famille, Tokio Hotel et la réalisation de ce rêve d'ado, une folle course dans les rues de Lyon sous une pluie aveuglante. La brume du décalage horaire, le premier débat des présidentielles à la TV, mon train puis mon avion raté, le sentiment de rentrer à la maison en voyant les toits enneigés du Canada sous les ailes de l’avion.


Je me souviens des deux heures de queue sous une pluie fine et glaçante pour aller voter, de mes mains engourdies quand j’ai signé mon nom dans le registre pour la première fois de ma vie. Des conversations sur les gauches, sur un certain écrasement politique, sous un pont montréalais après avoir marché l'équivalent de cinq stations pour ne pas payer le métro.

Je me souviens du Canada Day à Ottawa, des rues bouchées par la foule rouge et blanche. Avancer au milieu des touristes peinturlurés des couleurs du pays à la feuille d’érable, se réfugier dans le musée des beaux-arts après avoir salué Mommy toujours fidèle à elle-même devant les portes. Et puis trimballer sous l’averse des bouteilles de sprite et de vodka pomme jusqu’à Gatineau, y rester coincée à cause des festivités et regagner la capitale à pied, sous un long et majestueux feux d’artifice.

Écrire tout l’été, puis tout l’automne. Dans mon lit, au boulot, sur les tables des cafés, et pleurer en lisant les commentaires, les imprimer pour pouvoir les relire encore et encore. 

Lire pour repousser l'angoisse. Essuyer mes larmes en lisant Murmures à la jeunesse, penser "un jour j'écrirai comme ça" en avalant les Noces de Camus, noyer le stress en dévorant Dabos, chercher une sorte d'ultime vérité en redécouvrant Pullman... Sentir plusieurs fois, au fond de mon estomac, cette indescriptible chaleur, cette envie de leur donner le monde ; aimer, aimer, aimer.

Marcher la Color Run. Traverser la ville à vélo, debout sur les pédales, puis manquer de perdre connaissance et respirer sous un ciel bleu, bleu, bleu, Boy’s Life dans les oreilles. Manger à Juliette et Chocolat avec ma mère. Aller travailler sans avoir de nouvelles de mes parents le lendemain d’Irma, rafraîchir Facebook et voir défiler les photos de l’île dévastée, attendre, rassurer tout le monde, attendre.


Et puis déjà c’est la fin de l’année. Travailler, jour après jour, ne plus savoir quelle vie mener, réfléchir, hésiter, attendre, repousser. Un automne terne et une neige qui ne vient pas. Passer la nuit à l'hôpital, somnoler entre nuages de morphine et insupportables crises de douleur, pleurer dans une salle d'attente. Être déçue par Star Wars, gagner 1 an en regardant Card Captor Sakura au fond de mon lit, parler d’hémorragie rectale et de Rian Johnson après un shot de rhum, attendre dans un arrêt de bus à -20, les pieds comme brûlés à vif, tituber le lendemain entre Montréal et Atlanta, sous une pluie verglaçante puis dans une chaleur moite.

Arriver ici.


2017 fut une année étrange, pleine de décisions casse-cou, de ratages, de chairs de poule, d’écriture. Cette année j’ai essayé d’arrêter de parler et de faire, et si vers la fin, j’ai repris ma mauvaise habitude de beaucoup rêver au lieu d’agir, je me suis quand même plutôt bien tenue à ma résolution dans l'ensemble. Pour 2018, je veux donc poursuivre sur ma lancée, étouffer la peur, aller au-devant de mes ambitions avec force et résilience.


À quoi ressemblait 2017 pour vous ? Quelles sont vos résolutions pour la nouvelle année ?


En espérant que vous passez tous une excellente fin d'année et en vous souhaitant à tous bonheur, prospérité et succès en 2018 !

Bisous,
Mélodie